Syndicat National des Guides de Montagne

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Les guides, la montagne et internet

Il y a 5 ans, lorsque que je me suis lancé dans l’aventure internet, j’étais nul en informatique ". et je le suis toujours ! ". mais j’avais devant mois un long automne propice à un travail d’autodidacte... Depuis lors, j’ai tissé ma toile si je peux me permettre ce jeu de mots.

Parler d’une âme en se référant à notre site web peut paraître saugrenu ou inconséquent. Pourtant, à bien y réfléchir, je pense que cette terminologie est appropriée. En effet, au-delà d’une image qui peut facilement se limiter à un concept marketing, nous essayons de transmettre la philosophie qui nous anime, l’état d’esprit dans lequel nous sommes lorsque nous partons en course, ce que nous ressentons à partager ces moments précieux. Tout cela dépasse de loin un simple côté mercantile et permet à l’internaute de se poser rapidement de bonnes questions sur la future relation qu’il va développer avec le guide.

Car, en définitive, je crois qu’au delà de la communication commerciale, nous avons deux objectifs :

* pouvoir prolonger la course avec nos clients dans le temps et dans l’espace via des photos, films, courriers ou nouvelles. Internet permet alors de cimenter un réseau relationnel car les divers éléments précités sont souvent envoyés en copie conforme à des clients qui ne se connaissent pas nécessairement ;
* être capables, via des textes, des débats ou des forums, d’exprimer et d’expliquer qui nous sommes et ce que nous sommes, quelles sont les valeurs que nous défendons et pourquoi nous y sommes attachés.

En cela, nous y mettons nos tripes et donc notre âme.

Nous avons aussi eu notre lot de dérives : " produits d’appel ", simplistes et générateurs de profits immédiats, destinés à une clientèle très consumériste et souvent en décalage (volontaire ou involontaire) avec le milieu montagnard. Nous avons vécu les galères que peuvent cautionner ces formules. C’est pourquoi, aujourd’hui, nous revenons à un site qui essaie d’être plus simplement le miroir de la manière dont nous ressentons notre métier. Cette vision qui nous est propre n’est en rien une des " tables de la loi ". Mais avoir travaillé quelques centaines d’heures permet de développer les quelques idées que j’exprime ici.

Ce matin, avant de venir à l’AG, j’ai tapé " Vallée Blanche " sur Google, j’ai eu quelque centaines de millier de réponses !

Il y a dix ans, les outils de communication du guide s’appelaient les flyers ou les petites annonces : leur portée, souvent nationale, et leur nombre étaient limités.

Aujourd’hui, n’importe quel guide utilisant internet dispose d’un potentiel publicitaire illimité et international.

On peut donc se poser la question de la puissance de l’image que nous véhiculons de par le monde et de la responsabilité que cela implique. De même, quelle place ce moyen de communication laisse-t-il à l’histoire de l’alpinisme et à l’ancrage socioculturel dans lequel nous souhaiterions voir évoluer notre métier ?

Internet est un phénomène emblématique d’un modernisme qui nous dote d’une soit-disant " liberté totale " (" dictature absolue " diraient certains) avec laquelle nous devons composer.

Aujourd’hui, rien ne permet à l’internaute, surfant sur le site d’un guide, d’être certain qu’il s’adresse à un professionnel qualifié. Rien ne permet non plus de certifier que le discours et/ou les conditions présentées correspondent à une déontologie acceptée par ses pairs.

Sur certains sites, par ignorance ou à dessein, on a effectué une frappe chirurgicale visant à dédramatiser l’univers montagne pour satisfaire à l’appât d’un consumérisme basique.

Ces sites souvent dépassionnés, représentent par essence la non affirmation de l’identité et de la culture de " celui qui va devant ". Ils ne sont soumis à aucune restriction d’usage, ils n’ont aucun référent, aucun " label " auquel on puisse se fier.

Lorsque l’on parle de la montagne sans mentionner ses incertitudes, son côté aléatoire, ses dangers ". sous prétexte que ce n’est pas vendeur ". c’est sombrer dans une spirale de désinformation du client, véhiculer de par le monde une image de pseudo-facilité et de fausse sécurité et, à terme, donner des arguments à ceux qui rêvent d’un environnement où l’aléa aura été éradiqué.

De par le passé, les guides ont dû mettre en commun des règles déontologiques dans les compagnies et les bureaux pour commercer de manière cohérente.

Aujourd’hui, ne serait-il pas légitime et important que les guides entament une réflexion pour voir comment cet outil pourrait être utilisé, de manière constructive, pour l’ensemble de la corporation, et pour étudier la " netiquette " (la déontologie du net) que nous désirons voir appliquée aux sites pros " vendant " la montagne ?

Tout en permettant aux guides de trouver de nouveaux clients et de faire partager leur passion, internet pourrait être utilisé comme un formidable outil de protection de notre milieu, de défense de notre profession et de ses particularités. La seule question qui reste est : en avons-nous la volonté ?

Philippe Collet
Guide de haute montagne
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