Syndicat National des Guides de Montagne

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Voyages et expéditions

Je suis bien plus impressionné ce micro à la main, et devant cette assemblée, que je ne le serais un piolet à la main et devant une pente de glace. Cependant, j’espère que je saurais négocier ce passage délicat et ainsi pouvoir exprimer mes réflexions sur l’évolution des pratiques et la commercialisation de la montagne ; ceci au travers de ce que j’ai pu constater dans la pratique de mon activité de guide en expédition.


Il y a plus d’une douzaine d’années, j’ai commencé à exercer cette facette du métier dans le cadre d’une activité d’agence. À l’époque, j’avais le sentiment de partager avec les fondateurs de cette structure la même envie, le même goût de la découverte et la même volonté de faire découvrir. Depuis, l’agence a été vendue, rachetée, revendue. Aujourd’hui, qui sont ses dirigeants ? Des financiers. Que partager avec eux et comment ? Cette première remarque est un constat on ne peut plus objectif.

Le deuxième point, peut-être plus subjectif, celui-ci, est l’évolution de la clientèle. Au début, j’avais le sentiment de vivre et de partager une expérience avec des membres de l’expédition qui acceptaient les imprévus des voyages lointains et savaient profiter de ces aléas pour prendre la mesure des choses. Doucement, j’ai eu le sentiment que j’étais de plus en plus présent pour être le garant d’un programme préétabli. Qu’il me faille malgré tout être capable de reproduire à l’exact la page d’un catalogue : jour 21, montée au camp à 5 300 m.
Je côtoyais des voyageurs, des montagnards, des passionnés mais j’ai de plus en plus le sentiment d’être confronté à des consommateurs, des zappeurs, des procéduriers. Et cette deuxième remarque m’interpelle quant à mon rôle de guide.

Si j’espère encore pouvoir partager ma passion de la montagne, du voyage et de la haute altitude, j’ai le sentiment de me transformer en une sorte de mercenaire, au service des marchands du temple. Un mercenaire capable de mettre en place une logistique qui permettra à des collectionneurs de sommets de mettre trois zéros derrière un 6, un 7 ou un 8, et à des vendeurs d’afficher plus de bénéfices.
Cette analyse peut vous paraître un peu trop caricaturale, un peu trop alarmiste. Je n’en disconviens pas. Certes, elle est un peu épidermique, veuillez m’en excuser. Il est vrai que, cette année, je suis allé au bout de la caricature en acceptant de guider une expédition sur le sommet qui me paraît le plus emblématique de ces problèmes  : l’Everest. Il m’en reste un goût un peu amer.
Je conclurai en posant la question suivante : était-il nécessaire d’aller si loin, si haut pour prendre conscience de cette évolution ? Pas loin de nous, 4 807 m suffisent pour être confronté aux mêmes problèmes. Certes, ils sont moins exacerbés, ils n’en restent néanmoins bien réels.

Denis Etienne
Guide de haute montagne

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